Pourquoi la reconnaissance peut mettre mal à l’aise

On aide un collègue sur un dossier, il insiste pour remercier. Au lieu de savourer, on cherche comment minimiser ou détourner la conversation. Ce léger malaise, presque mécanique, revient plus souvent qu’on ne croit.

Basé sur psychologie cognitive (Dale Miller, The Norm of Self-Interest (, Nicolas Emler, Reputation: How to Manage Yours Before Someone Else Does (, Jean-Claude Kaufmann, La Trame conjugale ()

Recevoir un compliment ou un remerciement sincère devrait, en théorie, réchauffer l’atmosphère. Pourtant, dans la réalité, beaucoup éprouvent une gêne difficile à masquer. On répond par un sourire embarrassé, une blague, ou l’on s’empresse de dire que ce n’était rien.

Ce phénomène ne se limite pas aux personnes timides ou peu sûres d’elles. Même ceux qui paraissent très à l’aise peuvent ressentir ce malaise. Ce que cela révèle : la reconnaissance n'est pas qu'une question d'ego ou d’estime de soi. Elle touche à la manière dont chacun se situe dans le lien social, face au regard des autres.

Le conflit d’attribution interne

Quand on reçoit un compliment, Dale Miller (Stanford) a observé que le cerveau enclenche un réflexe d’auto-vérification. On passe en revue, souvent inconsciemment, ce qu’on a vraiment fait. Si on ne se sent pas légitime à recevoir autant de reconnaissance, une tension cognitive apparaît. Cette tension — un flottement intérieur — se traduit par de la gêne ou une envie de réduire l'importance du geste salué.

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Ce mécanisme ne dépend pas de la confiance en soi. Il tient au besoin de cohérence : accepter un compliment qui semble exagéré créerait une discordance, comme si on validait une image de soi qu’on ne reconnaît pas.

Pas qu’une question de confiance

On croit souvent que la gêne traduit un manque d’assurance ou une incapacité à recevoir. Mais Nicolas Emler (LSE) a montré que le compliment crée, même chez les plus sûrs d’eux, une dette de réputation : accepter la reconnaissance, c’est aussi accepter de devoir rendre la pareille un jour. La gêne vient alors du déséquilibre temporaire instauré dans la relation.

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