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Pourquoi le silence persiste face à une remarque sexiste entre amis

Une phrase sexiste fuse pendant un apéro. Certains rient, d’autres baissent les yeux. La discussion glisse sur autre chose, sans qu’aucune réaction ne perce.

Basé sur sciences sociales (Catherine Delcroix, 'Silences et silenciations' (, Michael Billig, 'Laughter and Ridicule' (, Judith Butler, 'Gender Trouble' ()

Ce silence soudain, après une blague sexiste en groupe, éclaire une tension discrète : chacun perçoit le malaise, mais peu s’y risquent. Le groupe fonctionne comme une scène où la cohésion importe souvent plus que ce qui vient d’être dit.

Ce phénomène ne dit rien de la conviction intime de chacun. L’absence de réaction ne signifie pas accord, ni même indifférence. Il montre seulement la force des liens sociaux en jeu, et la difficulté à les perturber pour une remarque, même dérangeante.

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La logique de préservation du groupe

Réagir à une parole sexiste, c’est s’exposer au risque d’apparaître comme celui qui trouble l’ambiance. Tout le monde pèse alors, souvent en un éclair, le coût social d’une prise de parole. Catherine Delcroix l’a montré : dans un cercle d’amis, l’isolement potentiel freine l’intervention, car personne ne veut devenir l’élément à part ('Silences et silenciations', 2018).

Approfondir

L’humour sert souvent de liant. Michael Billig a observé que remettre en cause une plaisanterie, surtout dans un groupe, peut être perçu comme une rupture de contrat implicite — celui de partager le moment, pas de le juger ('Laughter and Ridicule', 2005).

Le silence, pas toujours un accord

Quand tout le monde se tait, cela peut ressembler à une approbation tranquille. Mais ce silence masque souvent une gêne partagée et la peur de briser l’équilibre du groupe. Chacun attend qu’un autre prenne la parole, sans vraiment vouloir endosser ce rôle.

Quand la dynamique bascule

La composition du groupe modifie la balance. Si une personne perçue comme centrale ose réagir, l’effet de contagion peut inverser la norme du silence. À l’inverse, dans un groupe où la blague vient d’une figure dominante, le coût perçu de la contestation grimpe et la parole se fige.

Approfondir

Judith Butler a relevé que certains rejouent publiquement des normes qu’ils contestent en privé, pour ne pas paraître décalés. Le désir de rester aligné avec l’apparence d’harmonie l’emporte alors sur la conviction individuelle ('Gender Trouble', 1990).

Le sens du silence : normalisation ou protection ?

Pour certains chercheurs, ce silence consolide les normes sexistes, car il les rend invisibles et acceptées. D’autres soulignent l’aspect défensif : le silence protège chacun d’un conflit direct, sans signaler une adhésion réelle. Les deux lectures coexistent et s’appuient sur des aspects différents du même phénomène social.

Face à une parole sexiste, le silence d’un groupe reflète moins l’adhésion que la volonté de préserver l’équilibre social immédiat.

Pour aller plus loin

  • Catherine Delcroix, 'Silences et silenciations' (2018) — Analyse du coût social de la prise de parole contre les discriminations dans des groupes amicaux. (haute)
  • Michael Billig, 'Laughter and Ridicule' (2005) — Étude sur la fonction sociale de l’humour et la difficulté à le remettre en cause dans un groupe. (haute)
  • Judith Butler, 'Gender Trouble' (1990) — Concept de performativité sociale : comment les normes de genre sont rejouées publiquement pour maintenir l’apparence d’harmonie. (haute)

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