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Pourquoi on invente des raisons après avoir agi

On achète une pâtisserie sans y penser. Plus tard, on explique à un ami : 'J'avais besoin d'énergie pour l'après-midi.' Mais, au fond, rien n'était réfléchi.

Basé sur psychologie cognitive (Leon Festinger, 'A Theory of Cognitive Dissonance' (, Timothy D. Wilson, 'Strangers to Ourselves' (, Petter Johansson et al., 'Choice Blindness' (Science)

Il arrive souvent d'agir sans avoir prévu le geste. Ce n'est qu'après coup, face à un regard ou une question, que l'on cherche des raisons à ce que l'on vient de faire. Ce phénomène concerne autant les petits choix banals que les décisions plus marquantes.

Ce fonctionnement éclaire la façon dont on construit le récit de ses propres actes. Mais il ne permet pas toujours de distinguer ce qui relève d'une vraie motivation ou d'une justification fabriquée. Beaucoup s'imaginent agir selon des raisons claires, alors que le vrai moteur reste parfois invisible, même pour soi.

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Rationalisation après coup

Le cerveau cherche à donner du sens à ses actes, même quand ils n'ont pas été décidés consciemment. Pour cela, il fabrique une explication cohérente, souvent sans s'en rendre compte. Ce besoin de sens évite la gêne d'une action restée sans raison apparente.

Leon Festinger a appelé ce processus la 'dissonance cognitive' : on ajuste ses explications pour que le récit de soi reste logique. Les justifications créées après coup aident à maintenir une image stable de soi, même si elles ne reflètent pas la vraie impulsion du moment.

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Timothy D. Wilson a montré dans 'Strangers to Ourselves' que notre accès à nos propres motivations est limité. On se raconte souvent des histoires sur nos choix, car le cerveau n'a pas toujours une 'boîte noire' à ouvrir.

Raisons réelles ou reconstruites

On croit souvent que l'on agit parce qu'on a une raison précise. En réalité, il arrive fréquemment que le geste précède la justification. On invente alors une explication crédible, pour soi-même ou pour les autres, sans se douter que celle-ci a été bricolée après coup.

Quand l’invention de raisons varie

Ce phénomène n'est pas constant. Il se manifeste surtout quand l'action est impulsive, ou quand on se sent observé. Plus l'acte est surprenant ou difficile à expliquer, plus le cerveau s'efforce de trouver une raison.

Dans certaines situations, comme un achat important ou une prise de position publique, la pression sociale pousse à fournir des explications plus élaborées, quitte à broder.

Approfondir

Petter Johansson a mené une expérience où des participants devaient choisir une photo. Après un tour de passe-passe, on leur montrait la photo qu’ils n’avaient pas choisie, puis on leur demandait de justifier leur 'choix'. La majorité trouvaient des raisons convaincantes, sans réaliser qu’ils justifiaient un geste qu’ils n’avaient pas fait.

Pourquoi ce besoin d’expliquer ?

Certains chercheurs estiment que la rationalisation sert surtout à préserver une image cohérente de soi. D'autres soulignent son rôle dans la vie sociale : expliquer ses actes permet de rester compréhensible aux yeux des autres.

Le degré d’invention varie selon les personnes et les cultures. Certains valorisent la spontanéité, d’autres l’explication détaillée. La question reste ouverte : fabrique-t-on des raisons surtout pour soi, ou surtout pour les autres ?

Après avoir agi sans réfléchir, le cerveau invente une raison plausible, pour maintenir un récit cohérent, quitte à s’éloigner de la vraie impulsion.

Pour aller plus loin

  • Leon Festinger, 'A Theory of Cognitive Dissonance' (1957) — A introduit la notion de dissonance cognitive, expliquant comment on ajuste ses justifications pour rester cohérent avec ses actes. (haute)
  • Timothy D. Wilson, 'Strangers to Ourselves' (2002) — A montré que nos raisons conscientes sont souvent des récits fabriqués après coup, car on a un accès limité à ses motivations réelles. (haute)
  • Petter Johansson et al., 'Choice Blindness' (Science, 2005) — A démontré expérimentalement que l’on peut justifier des choix qu’on n’a pas faits, révélant l’invention facile de raisons. (haute)

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