Pourquoi rejeter un compliment peut sembler plus facile
Un collègue souligne la qualité d’un dossier. Plutôt que de savourer, la réponse fuse : 'Oh, c’était rien.' L’instant qui devait rapprocher laisse un léger malaise.
Recevoir un compliment n’a rien d’anodin. Parfois, un mot gentil sur une tenue ou un travail bien fait crée une gêne inattendue. On sent alors un décalage entre l’intention chaleureuse de l’autre et son propre ressenti. Ce phénomène met en lumière un point sensible : la manière dont on se voit, face à la façon dont on est perçu. Mais ce malaise ne dit pas tout. Il ne suffit pas d’être peu sûr de soi pour repousser un compliment. Même des personnes confiantes peuvent éprouver ce réflexe, surtout si le compliment vise un aspect où elles se sentent observées ou jugées. Ce décalage n’est donc pas toujours lié à un manque d’estime, mais aussi à la peur de ne pas correspondre à l’image renvoyée.
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Créer un compteLa cohérence interne en jeu
Mark R. Leary (Duke University) a montré que l’acceptation ou le rejet d’un compliment dépend de la cohérence avec l’image qu’on a de soi. Si le compliment semble exagéré ou étranger à ce qu’on croit de soi, il crée une tension. Le réflexe est alors de minimiser ou de détourner le compliment pour réduire cette discordance. Constantine Sedikides (University of Southampton) a précisé que ce malaise vient d’une 'menace à l’auto-cohérence' : accepter le compliment sans y croire forcerait à remettre en question son propre jugement – ce qui est inconfortable.
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Ce besoin de cohérence ne concerne pas que l’estime de soi basse. Même dans des domaines où l’on se sent compétent, un compliment peut rappeler la pression de devoir rester à la hauteur, ou susciter la peur de décevoir à l’avenir.
La politesse, une explication trompeuse
Quand quelqu’un décline un compliment, cela ressemble à de la modestie ou à une marque de politesse. Mais dans la tête de celui qui le refuse, il s’agit souvent de rester fidèle à son propre jugement, plus que de respecter une règle sociale. Le compliment, censé rapprocher, crée alors une petite distance – non par manque de gratitude, mais par besoin d’être compris tel qu’on se perçoit.
La culture et le contexte modifient la réponse
Le rejet des compliments n’a pas la même signification partout. Tae-Yeoun Kim (Seoul National University) a observé que dans certaines cultures d’Asie de l’Est, refuser un compliment est attendu : cela protège l’harmonie sociale et montre qu’on ne se met pas en avant. À l’inverse, répondre simplement 'merci' est perçu comme une affirmation de soi, parfois déplacée.
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Même dans un même groupe, le contexte joue. Un compliment public peut gêner plus qu’un mot à voix basse, car il expose davantage à la comparaison ou au jugement implicite du groupe.
Compliment : pression ou valorisation ?
Certains psychologues, comme Leary, analysent le compliment comme un test de cohérence interne, où l’enjeu est d’éviter la dissonance avec l’image de soi. D’autres, notamment Sedikides, insistent sur la dimension de valorisation sociale : refuser un compliment serait une stratégie pour préserver sa modestie ou contrôler l’impression qu’on donne. Les deux approches s’accordent sur le fait que ni l’une ni l’autre réaction n’est purement rationnelle ou universelle – mais ils divergent sur l’origine principale du malaise ressenti.
Rejeter un compliment traduit souvent un besoin de cohérence avec son image de soi, plus que de la simple modestie.