Pourquoi retient-on moins ce qu’on lit sur écran ?

On suit une recette sur smartphone, concentré sur l’écran. Une minute plus tard, impossible de se rappeler l’ingrédient principal. Pourtant, en feuilletant un vieux livre de cuisine, la liste reste en tête, presque sans effort.

Basé sur recherche scientifique (Anne Mangen (Université de Stavanger, Reading on Paper and on Screen, Delphine M. R. S. Parrila (Simon Fraser University, Reading Research Quarterly, Betsy Sparrow (Columbia University, Science)

Lire sur écran ou sur papier ne produit pas la même trace dans la mémoire. Beaucoup le remarquent sans y prêter attention : l’information captée sur un écran glisse, s’efface plus vite. Ce phénomène interroge la façon dont notre cerveau encode et relie ce qu’il lit à d’autres repères.

Ce qui est en jeu n’est pas la capacité à lire ou à comprendre. Ce sont les micro-mécanismes de la mémoire : pourquoi certains détails s’ancrent-ils mieux sur papier ? Souvent, on incrimine la distraction ou le survol. Mais des expériences récentes montrent que même sans distraction, le support modifie la manière dont l’information s’organise dans l’esprit.

La mémoire des emplacements

Sur papier, on se souvient souvent d’un passage parce qu’on le visualise : en haut à gauche, page de droite, à côté d’une tache de café. Ce repère spatial sert de point d’ancrage. Anne Mangen, de l’Université de Stavanger, a montré en 2013 que des étudiants mémorisent mieux l’ordre des événements dans une nouvelle lue sur papier qu’en version Kindle. Sur écran, la page ne reste jamais stable. On fait défiler, on clique, on perd le fil spatial : l’information flotte, sans ancrage tangible.

Approfondir

À chaque manipulation tactile — glissement, tapotement —, le cerveau doit réajuster ses repères. Ce morcellement gêne la création d’une carte mentale du texte. Sur papier, la main tourne les pages, la vue balaie l’ensemble : le texte devient un espace à explorer, pas juste une suite de mots.

Texte = texte ?

On croit souvent qu’un texte reste identique, quel que soit le support. Mais Delphine M. R. S. Parrila (Simon Fraser University, 2017) a observé que la compréhension de textes longs baisse nettement sur écran, même chez des lecteurs entraînés et sans distraction extérieure. Ce n’est donc pas seulement une question d’habitude ou d’attention.

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