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Pourquoi tait-on parfois un malaise envers un proche ?

Une amie lance une blague qui touche un point sensible. Le sourire vient, automatique. Plus tard, le malaise persiste, mais les mots restent bloqués. On continue à échanger, comme si rien n’avait eu lieu.

Basé sur psychologie cognitive (John Gottman, The Seven Principles for Making Marriage Work, Susan Sprecher, Journal of Social and Personal Relationships (, Jean-Louis Beaudouin, Psychologie des relations interpersonnelles ()

Cette situation, où un mot ou un geste froisse mais où l’on garde le silence, revient souvent dans les relations importantes. Ce n’est pas seulement une question de caractère : même ceux qui se disent francs évitent parfois de dire ce qu’ils ressentent. Ce réflexe interroge sur la manière dont on protège certains liens.

Mais taire un malaise ne veut pas dire qu’il disparaît. On peut continuer à rire, à discuter, tout en sentant une gêne sourde. Ce paradoxe – préserver l’apparence du lien tout en accumulant des tensions – éclaire la complexité des échanges humains. Il ne s’agit pas simplement de lâcheté ou d’hypocrisie.

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Le calcul rapide du cerveau

Quand un proche fait une remarque blessante, le cerveau anticipe ce qui pourrait arriver si l’on exprime son inconfort. Ce calcul est souvent automatique : il pèse le risque de déclencher une dispute, d’être mal compris ou de fragiliser la relation. Face à cette incertitude, le silence paraît moins risqué, au moins sur le moment.

John Gottman a montré que dans les couples, les non-dits servent souvent à éviter l’escalade d’un conflit. Mais ils finissent parfois par créer une forme de distance, comme une couche invisible entre les deux.

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Ce mécanisme n’est pas toujours conscient ou réfléchi. Selon Susan Sprecher, on hésite à se confier car on redoute de modifier la dynamique du lien. On sent que si on parle, quelque chose pourrait changer, sans savoir exactement quoi.

Pas juste une question de courage

On imagine qu’un silence vient d’un manque de franchise. Mais en réalité, il s’agit souvent d’un choix muet, dicté par la peur de perdre ou de blesser. Même dans une relation solide, la crainte de voir l’autre s’éloigner ou mal réagir l’emporte parfois sur l’envie d’être totalement transparent. Ce décalage explique pourquoi, même entre proches, certains sujets restent tabous ou glissés sous le tapis.

Quand le silence s’installe

Tout le monde ne tait pas un malaise pour les mêmes raisons. Parfois, on n’est même pas certain de la cause exacte du trouble, ce qui rend l’expression difficile. L’accumulation de ces petits silences peut renforcer la prudence : plus la relation compte, plus le seuil pour aborder un sujet sensible paraît haut.

Jean-Louis Beaudouin a noté que l’incertitude sur les effets à long terme des paroles retenues nourrit l’ambivalence. On ne sait pas si parler réparera ou cassera quelque chose. Parfois, la gêne finit par s’estomper d’elle-même, parfois elle s’enracine.

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Dans d’autres cas, un événement extérieur rebranche la discussion. Une dispute sur un sujet sans rapport fait remonter les non-dits. Le malaise initial peut alors ressurgir, coloré par le temps et les interprétations accumulées.

Silence protecteur ou poison lent ?

Certains chercheurs, comme Gottman, estiment que le silence protège la relation quand il évite des disputes inutiles. D’autres, comme Sprecher, soulignent que l’absence de parole peut fragiliser la confiance sur le long terme. Il n’existe pas de consensus : le silence n’est pas toujours une fuite, ni toujours une bombe à retardement. Les effets varient selon la nature du lien, la fréquence des non-dits et la capacité du duo à naviguer dans le désaccord.

Garder pour soi un malaise, c’est souvent protéger la relation à court terme, au risque de créer une distance invisible sur la durée.

Pour aller plus loin

  • John Gottman, The Seven Principles for Making Marriage Work — Explique le rôle des non-dits pour éviter l’escalade des conflits dans le couple, mais aussi leur effet à long terme. (haute)
  • Susan Sprecher, Journal of Social and Personal Relationships (2012) — Montre que l’hésitation à exprimer un ressenti négatif tient à l’évaluation du risque relationnel. (haute)
  • Jean-Louis Beaudouin, Psychologie des relations interpersonnelles (2018) — Décrit l’ambivalence liée à l’incertitude sur l’impact des paroles retenues dans une relation. (moyenne)

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