Pourquoi un médicament agit différemment selon l’ADN
Une voisine prend de la codéine pour un mal de tête et se sent soulagée. Un collègue, avec la même dose, ne ressent rien. Ni l’un ni l’autre n’a une explication claire.
Beaucoup imaginent qu’un médicament agit logiquement chez tout le monde, à dose égale. Pourtant, dans la vie courante, certains avalent un cachet sans effet, quand d’autres réagissent aussitôt. Cette différence n’a rien à voir avec la volonté ou la résistance.
Ce décalage perturbe autant les patients que les médecins. La notice propose une dose « standard », censée convenir à tous. Mais cette norme oublie une part invisible : chacun possède ses propres versions d’enzymes, codées dans l’ADN. Ce facteur n’apparaît ni sur l’ordonnance ni dans la routine médicale.
Le rôle clé de l’enzyme CYP2D6
Le corps doit transformer un médicament pour qu’il agisse ou soit éliminé. Cette étape dépend d’enzymes, sortes de petites usines dans le foie. L’enzyme CYP2D6, par exemple, existe en de nombreuses versions selon les gènes hérités.
Kathryn A. Phillips (JAMA 2001) a montré que certains possèdent la version CYP2D6*2xN : ils transforment la codéine en morphine quatre fois plus vite que la moyenne. Résultat, la dose « normale » peut être trop faible pour eux, ou au contraire, déclencher des effets forts et inattendus.
Approfondir
Wolfgang Sadee (Pharmacogenetics, 2004) a recensé plus de 75 variantes de l’enzyme CYP2D6. Ce large éventail explique pourquoi deux personnes, sans le savoir, peuvent vivre des expériences opposées avec le même comprimé.
La norme médicale remise en cause
On croit souvent qu’un médicament agit « normalement » sur tous. Or, la réalité est plus complexe : la même pilule peut être inutile ou dangereuse selon le profil génétique. Ce n’est pas une question de force de caractère ni une histoire de poids, mais d’ADN.
La suite vous attend
Lisez cet article en entier
→ Variations et limites de la pharmacogénétique
→ Entre personnalisation et standardisation